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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 22:45

Bonjour! J'ai décidé de mettre en ligne une nouvelle que j'ai écrit en secondaire V (j'ai commencé à la retranscrire ici il y a un an, le 19 mai 2013 pour être précise... crisse c'est long quand tu fais juste retranscrire!!). Je venais de vivre ma première rupture et j'avais beaucoup de noir à sortir. Ça a donné ceci. Ce n'est pas un texte super joyeux, mais c'est ça qu'il y avait dans mon coeur à ce moment-là. Ce texte revient me hanter de temps en temps. Les personnages étaient parfaits pour moi. Ils représentent chacun un petit bout de ma noirceur, chacun une de mes vérités, et restent aussi vrais aujourd'hui qu'il y a 13 ans. Et en même temps je crois qu'ils représentent un petit bout de bien du monde. On a tous du noir, du blanc, du gris (mais surtout du gris).

 

Ceci est la partie 1. Il y en a 2. Ou 3, on verra comment j'me sens après avoir retranscrit pendant encore plusieurs heures.

 

Bonne lecture!

 

*****

Je lui ai fait mal. J'ai planté mes griffes dans sa chair et j'ai arraché. J'ai donné des coups de pied de toutes mes forces. Je voulais rester, ou du moins redevenir ce que j'étais: le néant. Ça a duré longtemps. Trois heures, peut-être quatre. Je me débatais sauvagement. Au début, je croyais bien que si j'acceptais de rester, je ne devrais pas partir. On me l'avait caché. C'est la pire trahison. Je me suis battu tant que j'ai pu, je le jure. Autant que j'ai pu, mais le combat était truqué. Elle a eu de l'aide. Toute une armée et un magicien, aussi. Il lui a donné des potions pour me pousser dehors. Tout ce que j'ai fait, c'est la faire souffrir, sans réussir à gagner ma cause. C'est elle qui a gagné. Pourtant j'étais très fâché, oh oui! Je lui ai hurlé de me laisser tomber, j'ai crié que je n'avais pas besoin d'elle. Malgré tout, elle me souriait. Elle n'a pas regretté de me faire sortir, même si je lui ai fait mal! J'ai ressenti beaucoup de colère quand je me suis rendu compte que j'avais besoin d'elle. Je voulais continuer d'être méchant, mais j'avais soif. Après un moment, je n'ai pas pu lui résister, car elle me tentait avec un lait tout chaud. Puis, j'étais quand même confortable, réchauffé entre ses bras.

 

Pendant longtemps encore, je l'ai testée. Mais elle s'occupait toujours de moi. Une fois, elle a pleuré longtemps par ma faute. Je croyais que je pourrais quand même continuer d'être détestable. Je ne voulais pas me faire aimer, ni aimer. Je me suis rendu compte qu'il était trop tard, parce que j'appréciais déjà trop ces moments, couché près d'elle, quand elle me murmurait à l'oreille. J'ai décidé de dormir, même si elle me laissait seul, parce que je savais qu'elle reviendrait toujours.

 

Partout il y a des choses. Des choses douces, d'autres froides et d'autres qui font mal. J'ai touché à quelque chose qui fait mal. Elle a dit "Non!". Maintenant j'ai mal quand je m'assois. J'ai peur des "non". J'en ai déchiré et j'ai eu mal. Je ne touche plus aux "non". Elle est forte. Elle prend des "non" et elle n'a pas mal. Elle est grande et à moi tout seul. Elle a de longues choses douces qui chatouillent quand elle les approche. Elle dit: "che... chevaux". Elle bouge plein de choses devant mes yeux. Je veux tout voir, mais il y a des murs autour de moi. C'est mieux quand elle me prend, car je peux voir beaucoup de choses, haut dans ses bras. Elle me comprend. Quand je ne me sens pas bien, elle me prend et elle me met des choses froides. Et j'arrête de pleurer. Et elle est chaude et douce.

 

Il y a plein de choses que je ne pouvais pas toucher. Maintenant je suis capable. Je me concentre beaucoup et je pousse avec mes jambes. Alors je découvre mes choses. Tout est à moi. Les choses qui font mal, je ne les touche plus. Je prends celles qui sont douces, comme elle. Elle me sourit toujours. Moi aussi je lui souris et ça la fait rire. Quand elle rit, je veux m'approcher pour l'écouter. Elle rit aussi quand je pousse avec mes jambes. Parfois, quand je pousse avec mes jambes, je me fâche, parce que mes jambes ne font pas comme je veux. Mais je recommence toujours, jusqu'à ce que je réussisse. Je ne laisse pas mes jambes décider pour moi. Je ne la laisse pas non plus décider pour moi. Quand elle veut me mettre où il y a des murs, je pousse avec mes jambes et elle revient me prendre. Elle ne décide pas pour moi.

 

J'ai peur. Il me l'a volée. Souvent elle rit, puis elle pleure. Alors je pleure. Maintenant je sais que ce n'est pas des "non". C'est des livres. "Non" c'est quand je touche des choses. Parfois je ne sais pas si je peux toucher des choses, alors je dis "Donne". Si elle dit "non", je ne touche pas. Je n'aime pas avoir mal quand je m'assois. Quand il est à la maison, je reste assis loin. Il crie plus souvent qu'elle. Et il dit souvent "non". Et quand je suis trop près de lui, il dit "non" et j'ai mal. Quand je dis "donne", il ne me regarde pas. Il reste assis, mais moi je dis "donne". J'attends et j'ai faim, mais je ne touche pas.

 

Une fois, j'ai vu le sable. Le sable, il est doux et chaud. Je me couche et je bouge et le sable, il vient sur moi. Je ris quand il est chaud. Je me sens bien. Il y a un mot... elle dit: "fourmis". Il y a beaucoup de fourmis dans le sable. Elles sont douces et je ris. Elles ont des noms, les fourmis. Il y a Sable, Ballon, Chat, Chien et Oiseau. Je les reconnais toutes. Elles sont mes amies. Je les regarde quand elles font des trous dans le sable. Quand je mets du sable dans le trou, elles font un autre trou. Quand j'enlève le sable, il y a beaucoup d'autres fourmis. Mais il ne veut plus que je joue avec le sable et les fourmis. Alors quand il est là, je les regarde de loin.

 

Elle a dit qu'il me donne des coups. Quand j'ai mal, c'est parce qu'il me donne des coups. Alors elle se fâche contre lui. Mais elle aussi me donne des coups. Je le lui ai dit. Elle a dit de ne jamais répéter ça à personne. Elle a dit que je n'étais pas gentil de dire ça. Elle a dit qu'elle avait toujours été mon amie. Alors elle m'a donné des coups. Elle en donne beaucoup. Mais lui, il en donne plus. J'aime mieux quand il n'est pas là.

 

J'ai appris ce que veut dire le mot "aimer". À l'école, elle me l'a dit, la maîtresse. Elle a raconté une histoire sur un petit garçon qui aime son chien. Son chien, il a peur d'aller chez le docteur pour les animaux, mais le petit garçon, il aime son chien et il reste avec lui chez le docteur pour les animaux. Le chien est content et il aime aussi le petit garçon. Elle a dit que les parents aiment leurs enfants. Elle a dit que celui qui aime le plus les enfants, c'est le petit Jésus. Il faut lui demander des choses si on est triste. Il va nous aider parce qu'il est notre ami. J'aime l'école. Je joue avec Katherine. Elle est la maman, moi le papa, et Jeannot est le bébé. Elle me dit ce que je dois dire. Je dois toujours lui dire "je t'aime". Et elle dit "moi aussi". Et elle dit au bébé qu'elle l'aime. Elle a dit qu'elle était méchante et que sa vraie maman ne l'aimait pas. Katherine était tellement méchante que sa maman est partie. Mais son papa, il l'aime. Il dit que c'était sa maman qui était méchante et qu'elle ne reverrait plus jamais Katherine. Il a dit qu'elle ne savait pas comment aimer, la maman à Katherine. Katherine dit qu'elle doit être la maman de la famille. Elle dit "je t'aime" à son papa, elle range sa chambre et elle est capable de faire des repas. C'est elle qui remplit les bols de céréales, qui fait les sandwiches et qui remplit les verres de lait, toute seule. Elle partage les tâches avec son papa et il lui dit qu'il l'aime. Moi, je ne sais pas comment faire des repas. Dans ma maison, c'est toujours elle qui les fait. Mais il dit qu'elle n'est pas bonne. Parfois, il jette son assiette par terre et il va boire une des grandes bouteilles qu'il boit toujours. Il lui crie souvent qu'elle n'est capable de rien. Il lui donne plus de coups qu'à moi. Ils ne se disent pas "je t'aime", comme quand moi et Katherine on joue. Elle pleure quand il n'est pas là et elle pleure quand il est là. Elle ne me sourit plus.

 

L'autre fois, il a jeté son bol et elle a pleuré. J'ai pris un autre bol et j'ai réussi à le remplir de céréales. Je suis allé le lui donner, comme Katherine fait. Il a dit les mots qu'il dit en me donnant des coups et il m'a poussé loin. J'ai eu beaucoup mal à ma jambe et elle est devenue très grosse. Elle a crié avec lui et elle m'a pris pour m'emmener dans l'auto. Moi, j'aime beaucoup aller en auto. Je regarde partout, toutes les couleurs. Il y a toujours beaucoup de choses à regarder et à entendre dans les rues. D'habitude, je peux apporter mon volant à moi, pour que je me pratique, car je vais conduire quand je serai grand. Mais cette fois, on s'est dépêchés d'embarquer dans l'auto. On est allés dans une grande rue puis on est entrés dans une grosse maison. Elle a dit que c'est là que je suis sorti de son ventre, à l'hôpital pour les humains. Elle a dit que c'est là que je suis sorti de son ventre, à l'hôpital pour les humains. Elle a dit que je lui avais beaucoup fait mal. On m'a emmené dans une chaise qui roule et le grand monsieur blanc m'a touché la jambe. Il a dit que j'étais très courageux de ne pas pleurer. Il m'a dit qu'il allait me mettre quelque chose qui ressemble à une couverte blanche autour de la jambe et que ça deviendrait dur. Il va falloir le garder longtemps. Elle lui a dit que j'étais tombé de ma bicyclette. J'ai vu plein de machines pour guérir et tous les docteurs étaient en blanc. Il y avait de la lumière partout. Des gens me souriaient. D'autres garçons plus grands que moi jouaient dans les jeux. Elle n'a pas voulu que je joue moi aussi. J'aime l'hôpital. Il y a beaucoup de choses que je ne connais pas. J'espère que je vais revenir.

 

À l'école, on a fait des dessins. Moi, j'ai dessiné le papa à Katherine avec moi et Katherine. Il y a aussi un coeur avec un chien et une maison avec de la lumière comme l'hôpital. Les autres garçons ont pris mon dessin et ils ont ri. Ils ont dit qu'il n'était pas beau. La maîtresse a dit que mon dessin était très beau et elle m'a donné un "A". J'étais très content d'avoir un "A" comme Nicolas, mais Nicolas m'a poussé. La maîtresse n'était pas contente et elle l'a envoyé dans un coin. Les autres ne me parlent plus. Ils disent que je suis un chouchou. Il y a seulement Katherine qui est mon amie. Elle dit que les autres sont méchants et elle ne leur parle plus. Elle dit qu'on n'a pas besoin d'eux pour jouer au papa et à la maman. Je suis allé manger chez Katherine. Son papa n'a pas crié une fois et il m'a souri. Quand j'ai échappé mon assiette, je me suis caché sous la table. Je pensais qu'il me donnerait des coups, mais son papa a dit que je devais ramasser et qu'il m'aiderait. Et on a ramassé mon assiette les trois ensemble. Et il m'a quand même redonné des légumes et de la viande, avec un dessert. Il a chatouillé Katherine et elle a beaucoup ri. J'aimerais qu'il soit mon papa aussi.

 

Je leur ai dit que je voudrais que le papa de Katherine soit mon papa et ils ont été très fâchés. Il m'a donné beaucoup de coups sur le visage. Elle a essayé de cacher mes bobos pour l'école. Elle m'a mis une poudre qu'elle se met le matin. Elle m'a dit de dire que j'avais reçu une balle de mon ami dans la figure. La maîtresse m'a demandé pourquoi j'avais l'oeil noir. Je lui ai dit que c'était mon ami. Elle a demandé le nom de mon ami et je lui ai dit que je ne savais pas. Quand le papa de Katherine est venu la chercher, il m'a aussi demandé pourquoi j'avais l'oeil noir. J'ai dit la même chose qu'à la maîtresse. Il m'a demandé de lui raconter qui était avec moi quand j'ai reçu la balle. J'ai répondu que je ne le savais pas. Alors elle est arrivée et m'a ramené à la maison. Elle était encore très fâchée et elle pleurait en même temps. Je me suis couché sans manger. Ils ont crié longtemps. Elle a beaucoup pleuré. Deux dodos après, il y a une madame qui est venue chez moi. Elle m'a demandé comment j'avais eu le noir autour de mon oeil. Je lui ai dit que c'était mon ami. Elle m'a demandé de lui dire où habitait cet ami. Je ne savais pas alors je n'ai rien dit. Je les ai regardés. Il avait l'air fâché et elle pleurait. Quand la madame est partie, ils m'ont dit que j'étais très méchant et qu'ils n'auraient pas dû aimer un garçon qui voulait du mal à ses parents. Mais ils ne m'ont pas frappé. Ils ne m'ont pas frappé pendant longtemps après.

 

À l'école, la madame est revenue me voir. Elle m'a emmené dans un bureau. Elle m'a demandé si les papas et les mamans donnent des coups à leurs enfants quand ils sont méchants. J'ai répondu que oui. Elle m'a demandé si j'étais méchant parfois. J'ai répondu que oui. Et après elle m'a ramené dans ma classe et elle est partie. La maîtresse m'a dit qu'elle était mon amie et que je pouvais aller la voir si j'avais de la peine. Moi, mon amie c'est Katherine. C'est ma meilleure amie. Elle a dit qu'on se marierait quand on serait grands. Moi, je veux bien, mais je ne veux pas d'enfant. Katherine sera à moi tout seul. On va aller vivre sur une île déserte, avec plein de bananiers et des pommiers et des arbres qui font pousser de la viande, parce que Katherine aime beaucoup la viande. Et il y aura plein d'animaux avec nous. Il y aura des chiens, des chats, des vaches, des singes, des perroquets, des kangourous, des baleines et des dauphins. Ils seront nos amis. Et je ne donnerai pas de coups à Katherine parce que Katherine ne pleurera jamais. Je l'aime. Et j'aime son papa.

 

La madame est revenue encore à la maison. Elle leur a montré un papier et ils ont commencé à crier. Elle a encore pleuré. La madame a dit de prendre des choses que j'aime beaucoup. J'ai demandé si je pouvais prendre le sable. Elle a dit non. Alors j'ai pris mon chien Doux. Elle a dit qu'elle allait m'emmener voir un autre papa et une autre maman qui m'aimeraient beaucoup. Elle a dit que je serais très bien là-bas. Je les ai regardés. Elle pleurait plus que quand il lui donne des coups. J'avais peur alors j'ai dit à la madame qu'elle était méchante et que je voulais rester chez moi. Je n'avais pas voulu être méchant avec eux alors je l'ai dit à la madame. Elle a dit que ce n'était pas moi qui étais méchant. Elle m'a pris, alors je lui ai donné des coups et j'ai pleuré, mais la madame, elle m'a emmené dans la voiture. J'ai crié au petit Jésus de me ramener dans la maison, mais il n'est pas venu. Je les ai regardés longtemps par la fenêtre de la voiture. Ils auraient dû frapper la madame. Je ne voulais pas y aller. J'avais été trop méchant et ils ne m'aimaient pas. Ils voulaient que la madame m'emmène dans son auto. J'ai demandé au petit Jésus d'arrêter l'auto, mais il ne l'a pas fait. J'étais trop méchant.

 

*****

 

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commentaires

G
Merci pour cette superbe petite nouvelle à l'écriture intelligente, Valérie. C'est impressionnant ce que tu as pu écrire à 13 ans !<br /> Bises de Chine~
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V
<br /> <br /> Ah Guillaume... Si tu savais ce que ça me fait de lire ça! Ça fait vraiment plaisir :)<br /> <br /> <br /> Par contre j'avais 16 ans... tu ne te rappelles plus du système scolaire québécois? ;o)<br /> <br /> <br /> Tu me mannnnnques! C'est quand tu reviens faire un saut au Québec? Vais-je devoir mouiller mon pied en Chine? <br /> <br /> <br /> <br />