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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 19:26

La puissance des amoureux de longue durée

 

Pour ceux qui me connaissent bien, vous savez que j’ai tendance à avoir des relations amoureuses qui font pas trop dans le tranquille. Je m’intéresse donc à mieux comprendre ce qui se passe dans un couple sain qui dure. Je suis présentement en train de lire ce livre, La puissance des amoureux de longue durée. C’est un livre écrit par des scientifiques qui sont aussi un couple et qui font de la thérapie. Ils se basent donc à la fois sur la recherche et sur leurs expériences comme thérapeutes. Voici mes premières réflexions sur ma lecture.

 

D’abord, ce qu’il y a d’intéressant dans ce livre est que les auteurs, bien qu’ils écrivent au sujet de couples durables, célèbrent aussi la liberté qu’on actuellement les amoureux en Occident comme étant une caractéristique nécessaire à un couple durable. Parce que cette liberté de choisir de rester ou non en relation avec quelqu’un permet de balancer le pouvoir au sein du couple. Ce n’est qu’au cours de la dernière année que j’ai commencé à me conscientiser à l’existence de luttes de pouvoir au sein d’un couple. Il faut savoir qu’au niveau du couple, je n’ai que très peu de repères conscients. Mes parents ont depuis belle lurette mis de côté par exemple cette lutte de pouvoir. Ils fonctionnent depuis longtemps de façon presque exclusivement indépendante l’un de l’autre, gardant chacun tout son pouvoir mais ayant une connection presqu'inexistante. Pour moi il est donc difficile de voir un juste milieu entre accepter tout et rien. Je n’ai pas tendance à chercher à négocier. C’est davantage de l’ordre de « une personne propose et l’autre dit oui ou non ». Ce qui revient à dire que l’un des deux doit abdiguer tout son pouvoir ou bien tout le garder et refuser de se connecter à l’autre. Mais j’avoue comprendre ce jeu de pouvoir un petit peu mieux ces derniers temps et je commence à voir à quels moments il a lieu.

 

Bref, pour les auteurs, le haut taux de divorce est positif en ce sens qu’il démontre que les gens ne sont plus enfermés dans des « prisons conjugales » et qu’ils peuvent choisir leur destin amoureux. Pourtant, ça ne veut pas dire que les gens n’ont pas besoin les uns des autres. Nous avons tous besoin d’être en liens avec d’autres, qu’ils soient amoureux, famille ou amis. Il y a malheureusement beaucoup de gens qui s’isolent dans leur indépendance. D’ailleurs, les gens mariés vivent en moyenne plus longtemps que tous les autres, témoignage de l’importance du lien affectif avec d’autres personnes. Même chose pour les maladies, les gens qui ont des liens affectifs sains ont moins tendance à tomber malades et ce, même s’ils ont d’autres habitudes de vie néfastes.

 

Une autre chose qui me plaît dans cet ouvrage, est leur vision que la dépendance ou interdépendance affective est nécessaire dans un couple sain. Ça peut aussi être néfaste dans des cas plus extrèmes, mais nous ne devrions pas en avoir peur de la façon dont on en a peur actuellement. Selon eux, dans un couple sain, les individus valorisent leur interdépendance. Ils passent aussi beaucoup de temps en présence de l’autre, car ils apprécient être avec l’autre, et ils organisent leur horaire en conséquence. L’autre personne est d’ailleurs leur confident privilégié. Tout ça me parle et me confronte aussi. J’ai définitivement peur de me perdre dans l’autre, comme si j’allais perdre qui je suis. Mais à la fois, j’ai l’envie en couple d’être en partenariat avec l’autre. Alors ces deux visions se confrontent. Ils mentionnent aussi la nécessité de voir suffisamment la force de l’autre pour ne pas se sentir déstabilisé par sa fragilité temporaire, puisque chacun doit pouvoir s’appuyer sur l’autre dans les moments plus difficiles. Malheureusement, certaines personnes ont tendance à rejetter l’autre dans ses moments de faiblesse plutôt que de le soutenir. La dépendance affective qui devient néfaste est celle qui pousse un des individus à accepter des comportements et attitudes intolérables de l’autre sans réagir. À vouloir éviter les conflits à tout prix et à tout faire pour ne pas déplaire à l’autre. Moi ça me parle, et quand je prends la décision de « m’embarquer » avec quelqu’un, j’ai tendance à laisser passer des choses qui ne me plaisent pas jusqu’à atteindre un point de non retour où je préfère laisser tomber la relation rapidement. C’est comme si je ne me laissais que deux choix : soit accepter la situation et continuer ou bien la refuser et alors mettre fin à la relation. Ça va rejoindre ce que je disais auparavant. Je n'ai pas le réflexe de négocier. Et, en plus de ça, j’ai de la difficulté à imposer des limites au-delà desquelles une relation n’est pas possible pour moi. Deux beaux défis sur lesquels travailler.

 

En retournant à la lutte de pouvoir, les auteurs mentionnent que l’équilibre entre le "je" et le "nous" doit être atteint à travers une lutte de pouvoir cyclique et saine dans le couple. Les gens qui ont une vision idéalisée du couple ont souvent de la difficulté à voir la lutte de pouvoir comme saine. L’équilibre du pouvoir est plus facile à atteindre pour les gens qui ont eu la chance d’avoir de beaux modèles parentaux. Un plus gros défi de développement personnel pour les autres.

 

Ils emmènent comme point intéressant que chacun d’entre nous gagne une partie de son pouvoir grâce à sa « valeur sociale ». Nous nous mettons donc en couple avec des gens que nous voyons comme égaux à nous en terme de valeur sociale. Et qu’est-ce qui nous donne de la valeur sociale? Des choses aussi « superficielles » que la beauté, la carrière, la « classe sociale » familiale et surtout la vision que chacun a de soi-même à ces niveaux. Les couples qui fonctionneront le mieux sont ceux qui ont une certaine égalité en termes de valeur sociale.

 

Par la suite, les auteurs mentionnent une grande injustice, c’est-à-dire le fait que les enfants mal aimés vont développer des troubles de la personnalité qui rendront la vie de couple plus ardue plus tard. Il y aurait douze troubles de la personnalité, et nous aurions tous des traits de l’un ou de l’autre, sans toutefois être nécessairement atteints de troubles de la personnalité. Il est intéressant de lire à propos de ces troubles, pour être conscients de quel impact peuvent avoir nos comportements malsains au sein de nos couples.

 

Ils parlent d’abord du couple personnalité dépendante et personnalité narcissique. On dit que c’est une combinaison que l’on voit souvent à cause de ce que chacun va chercher dans la relation. En fait, si les traits ne sont pas trop développés, il peut s’agir d’un couple équilibré. La personne dépendante couvrira celle narcissique de compliments et sera heureuse de se lier à quelqu’un d’aussi fort et entreprenant. Elle n’a en général pas confiance en ses capacités et laissera le pouvoir à l’autre personne facilement. Sa valeur lui est souvent donnée par la vision qu’ont les gens d’elle. Et cette personne aura une vraie peur d’être abandonnée. Elle acceptera des attitudes inacceptables de la part de l’autre, mais s’en plaindra en diabolisant l’autre. Elle a de la difficulté à prendre des décisions courantes sans être excessivement conseillée par les gens. Elle fera volontairement des choses désagréables pour obtenir le soutien et l’approbation des autres. Pire que ça, elle entretiendra sa vulnérabilité car elle a l’impression qu’elle serait abandonnée si elle se montrait forte. Ces personnes attirent donc l’attention par leur faiblesse plutôt que par leur puissance. Souvent, leurs parents ont tout fait à leur place, et alors la personne dépendante a appris à faire travailler les autres à sa place. Par contre, si le trait de caractère de dépendance n’est pas trop fort, cette personne est bien intentionnée, facilement aimable, loyale, perceptive et sensible en communication verbale et non verbale. De plus, ses relations amoureuses sont empreintes d’intimité mature et de communication ouverte.

 

La personne narcissique sera quant à elle comblée par les compliments et les attentions de la personne dépendante, et par sa dévalorisation (puisque la personne narcissique aime se faire regarder de bas). Cette personne a peu d’empathie, mais a souvent l’impression d’être la victime de l’autre. Elle développe jeune un sentiment d’être grandiose pour masquer son sentiment d’infériorité, dû soit par des parents qui l'ont trop mis sur un pédestal sans contraintes ou soit par un manque d'affection maternelle. Elle est souvent sympathique avec les autres quand elle veut atteindre un but précis et répondre à un besoin. De plus, la personne narcissique va se lier avec des gens qu’elle considère comme inférieurs et éprouve par la suite du dédain de cette petitesse qui leur rappelle leur propre sentiment d’infériorité. Elle tentera en même temps de se lier à des personnes qu’elle considère comme hautes socialement pour contrer son sentiment d’infériorité. Les narcissiques ont généralement le pattern de relation suivant : idéalisation démesurée de la personne aimée, puis dévalorisation, ennui et finalement retrait de la relation. Elles laissent souvent l’autre personne vidée de ses ressources avant d’aller vers un nouvel amour. C’est pourquoi elles ne vont généralement pas avoir de relation stable avant la trentaine ou la quarentaine.

 

Ce que les auteurs du livre préconisent dans une relation entre ces deux individus, ce n’est pas la séparation, sauf dans le cas où l’un des individus le désire, évidemment. Les deux individus tomberaient de toute façon dans des comportements similaires dans d’autres relations. Normalement, les individus se sont choisis avec un niveau de santé mentale à peu près équivalent. Considérer l’autre comme de valeur moindre revient donc à se considérer comme de valeur moindre. La clé réside dans une plus grande affirmation de la personne dépendante ainsi que dans son entrée dans une lutte de pouvoir saine et dans la prise de conscience de la personne narcissique de ses attitudes irrespectueuses ainsi que dans le développement de son empathie. Il s’agit là d’une aventure gratifiante à long terme. C'est quelque chose avec quoi je suis d'accord. Ce n'est pas en changeant de partenaire que nous règlerons les problèmes inhérants à notre propre personne (mais ça peut être plus facile avec certains qu'avec d'autres). J’y ai reconnu certaines attitudes en moi et en d’autres personnes. En reconnaissez-vous chez vous ou chez d’autres?

 

Les auteurs parlent par la suite de la lutte de pouvoir au niveau de la sexualité. J’avoue ne pas avoir réalisé cet aspect des choses avant. Ou du moins, pas de façon consciente. Ayant moi-même généralement une libido assez forte, je n’ai pas souvent vécu de conflits à ce niveau (sauf peut-être quand mon partenaire avait une libido moins forte!). Selon les auteurs, le côté sexuel de la relation met de la pression au niveau de la balance de pouvoir, parce qu’en général, les partenaires s’entendent pour ne partager leur intimité sexuelle qu’ensemble. Le conjoint avec une libido plus forte peut alors sentir que l’autre les manipule. Il va parfois se sentir rejeté si l’autre refuse ses avances, et aura tendance à mettre de la pression plus souvent qu’habituellement sur l’autre pour avoir un échange sexuel. Là s’amorce une spirale négative, car l’autre personne se sent comme non respectée et aura encore moins envie d’intimité sexuelle. Chacun croit donc que l’autre est aux antipodes de lui-même au niveau de la libido, alors qu’ils sont souvent plus près qu’ils ne le pensent. Je continuerai une autre fois au sujet de la sexualité au sein du couple.

 

Une chose que j’ai adorée et qui m’inspire dans ce livre, est l’affirmation par les auteurs que « nous aurions avantage à augmenter nos attentes reliées à l’amour plutôt que d’entretenir l’idée d’une dégradation automatique de celui-ci après quelques années, et nous devrions nous libérer de la croyance qu’à long terme le couple ne peut vivre qu’une sorte d’amitié tranquille dépourvue d’intensité ». Ils disent de plus que chacun est responsable de sa satisfaction et de son bonheur conjugal. Et que « les gens qui restent véritablement amoureux de la même personne toute leur vie sont manifestement aptes aux relations interpersonnelles harmonieuses et sont en excellente santé mentale ». C’est beau, non? Mais ça vient main dans la main avec une autre affirmation. Celle que ce n’est pas tout le monde qui est fait pour vivre une relation conjugale à long terme et que certaines personnes devraient se limiter à des liaisons de courte durée qui minimisent obligations et responsabilités. Pour établir des relations à long terme, il faudrait au moins adhérer à six affirmations, soit : « l’engagement à long terme est nécessaire, l’exclusivité romantique et sexuelle est assurée, il n’y aura ni secrets, ni mensonges, ni trahisons, on s’engage à prendre soin l’un de l’autre, on va se traiter avec respect et affection et chacun va essayer de satisfaire les désirs et les besoins de l’autre ». Alors, êtes-vous faits pour les relations à longue durée? Êtes-vous d’accord avec les conclusions de l’étude citée?

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