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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 19:57

Avez-vous entendu parler de Raj Patel? Je ne connais pas son histoire, mais j’ai commencé à lire son livre The value of nothing. J’ai décidé de vous en commenter des extraits parce que je le trouve extraordinaire. Il me permet de vraiment comprendre des choses que je sentais plutôt instinctivement. Ou du moins d’avoir des réflexions plus profondes au sujet de l’économie actuelle. Certains passages me font monter les larmes aux yeux tellement c’est révélateur. Je vous conseille fortement de lire son livre si vous sentez vous aussi qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond en ce moment. Ou si au contraire vous trouvez que tout va parfaitement bien…


« Nowadays people know the price of everything and the value of nothing » - Oscar Wilde, il y a une centaine d’années. La situation n’a pas tellement changé.

 

Par rapport à la crise de 2008. Greenspan, le président de la Réserve fédérale américaine a affirmé que l’information utilisée dans les modèles économiques ne couvrait que deux dizaines d’années, ce qui n’était pas suffisant. Si l’information avait été meilleure, les modèles auraient fonctionné et la crise n’aurait pas eu lieu. Pour Patel, le modèle économique au complet est faux. Ce qu’il avance à propos de l’organisation du monde est faux. Pour lui, si nous comprenions à quel point toutes les prémices sur lesquelles sont basées les politiques gouvernementales et économiques sont fausses, nous serions en choc. Ce serait comme de comprendre que notre vision du monde était complètement différente de la réalité. Ce serait de revoir complètement notre façon de conduire nos vies pour une façon considérant une vision plus riche de la nature humaine.

 

Selon Greenspan, les prix sont une façon pour nous de connaître les désirs et les besoins de la planète. Pourtant, il existe une grosse variation entre le prix de quelque chose et sa valeur. Cette différence existe à cause du fait que les prix sont basés sur une économie qui doit faire du profit. C’est ce qui permet à des gens de devenir très riches.

 

Il y a plusieurs personnes qui sont devenues très riche grâce à la théorie de l’efficience des marchés qui dit que les marchés savent mieux régulariser que nous. Cela a permis de mettre de la pression pour que les états restreignent le moins possible les marchés, ce qu’ils se sont empressés de faire. Et ce, malgré de nombreuses démonstrations faites que la théorie ne fonctionne pas, même par des gens l’ayant développée. Et ça a permis à certains de faire de gros gages sur où investir leur argent et de mettre la main sur beaucoup d’argent. Les gens ont entre autres aux États-Unis investi dans l’immobilier, créant une énorme bulle qui a explosé. Le secteur financier était bien en sécurité. Les gouvernements avaient promis d’être là si ça tournait mal. Et c’est ce qu’ils ont fait. Les profits faits par les banques lorsque la bulle a gonflé furent intouchables et furent gardés. Mais le risque de l’affaire était garanti par la société, qui a payé pour rattraper les erreurs du monde financier à travers les gouvernements.

 

C’est pourquoi malgré la crise les gestionnaires financiers les plus hauts placés ont connu en 2009 leur troisième année la plus payante. Les employés de Goldman Sachs entre autres auront reçu dans les plus gros bonus de l’histoire de la firme.

 

Cela indique que la théorie du libre marché camoufle des activités qui ne respectent pas du tout l’idée du libre marché. Entre autres, des législateurs américains sont aussi des employés hauts placés de Wall Street. Est-ce qu’on ne devrait pas se poser des questions de l’apparent manque de distance entre le monde politique et financier ?

 

Une chose que la crise a emmenée, c’est un retour du mot « régulation » dans le monde économique, ce qui ne s’était pas entendu depuis belle lurette. Tranquillement dans la tête des gens et des gouvernements, la crise montre que la théorie du libre marché ne fonctionne pas. Comment le marché sera régulé reste à voir. Depuis les débuts du libre marché, il y a toujours eu du mécontentement à son égard. Mais c’est la première fois que tant de gens demandent un changement en même temps. Et c’est particulier, car c’est la première fois que la demande est globale, et elle arrive en même temps qu’une crise environnementale. En espérant que ça soit suffisant pour faire changer les choses.

 

Patel argumente qu’il n’y a rien de naturel à propos du fait de laisser un marché décider de ce peut être sur le marché et de son prix. Par exemple, il fut un temps où les êtres humains pouvaient faire partie du marché eux-mêmes (esclavagisme). Aujourd’hui, l’idée n’est heureusement plus acceptée légalement nulle part. Cela montre aussi qu’avant que quelque chose puisse être sur le marché, cela doit d’abord être accepté par les gens que la dite chose peut être achetée ou vendue. La plupart des choses qui sont sur le marché aujourd’hui n’ont pas toujours été vues comme des denrées commerciales. Par exemple, les terres, la musique, le travail, la nourriture, etc ont déjà eu un statut ambigu. Cela a pris beaucoup de temps et d’étapes avant que ces choses puissent devenir des denrées commerciales en bonne et due forme. Ce qui nous a permis de devenir propriétaires de choses qui auparavant ne pouvaient appartenir à personne dans la vision générale des choses.

 

J’espère personnellement que le processus contraire puisse et soit fait. Par exemple, par rapport aux terres et à la nourriture. Un monde qui retournerait ces choses d’où elles viennent, hors du marché, serait enviable au monde d’aujourd’hui. C’est difficile pourtant d’imaginer ce monde. La transformation de notre vision des choses  pour penser que les terres et la nourriture (et tranquillement pas vite même l’eau !) a tellement été totale qu’aujourd’hui on ne peut voir le monde autrement et on a tendance à voir les gens qui pensent de cette manière comme des utopistes irréalistes. Voire toi que les terres et la nourriture pourraient être hors du marché !  Pourtant, les gens ont déjà vu le monde de cette façon, et ils étaient aussi humains que nous aujourd’hui !

 

Cela montre que le marché et la société sont beaucoup plus liés qu’on ne le pense, et que le marché dépend en fait beaucoup de la société. La théorie marché capable de s’auto-réguler, totalement séparé de la société, est erroné. Le marché a besoin de la société pour fonctionner. D’ailleurs, ça se voit bien en temps de crise. Le marché a eu besoin de la société pour le rattraper quand il a dérapé. Il n’a pas pu s’auto-réguler et s’est cassé la gueule. C’est pourquoi selon certains auteurs, il ne faut pas parler du gouvernement et du libre marché, mais bien de la société de marché.

 

De la même façon, certains économistes voudraient considérer le marché comme hors du monde naturel, alors qu’il est en plein dedans. On a trop longtemps oublié ce fait. Le marché dépend de la nature – et l’exploite jusqu’à la dernière goutte. Le marché utilise la nature gratuitement et est en fait incapable de payer pour. Sachant cela, on voit que la croissance économique n’est pas pertinente.

 

On nous a tellement mis dans la tête que la façon dont l’économie fonctionne est la seule façon possible pour elle de fonctionner qu’on ne peut plus imaginer d’autre façon de voir le monde. On ne peut qu’imaginer qu’une version plus parfaite d’un marché libre. En plus d’être un délire qui ne voit pas la réalité telle qu’elle est, cela modifie de voir les autres êtres humains. Cela nous éloigne des liens qui nous unissent tous et ne nous fait que considérer les autres comme des co-consommateurs. En tant que consommateur de nourriture, tu peux dire que tu n’es pas d’accord avec la situation actuelle ou bien aller voir un autre producteur. Il n’y a pas de façon de négocier ensemble pour que tous puissent manger.

 

Sachant tout cela, Patel ne dit pas qu’il est contre le marché. Mais il est contre les caractéristiques du marché d’aujourd’hui qui n’est plus basé sur les besoins mais plutôt sur le profit. Le fait de laisser le marché se réguler n’est qu’idéologie, ce n’est pas une chose naturelle. Surtout que ceux qui décident des règles dirigeant le marché sont les puissants de ce monde.

 

Alors comment guérir notre monde ? Patel fait remarquer que les filets sociaux pour limiter la pauvreté existent parce que les gens l’ont demandé. Il n’y a que les gens à l’intérieur du système qui puissent le changer. Il argumente que les changements sociaux ne sont pas un genre de danse entre un marché qui emmène la société vers l’avant et la société qui ramène le marché vers l’arrière. C’est plutôt une symphonie dont chaque mouvement se bâtit à partir du mouvement précédent. C’est beau, non ?

 

Notre futur dépend des actions de la société, certaines utilisant la technologie, d’autres des façons de se battre plus traditionnelles, et de notre imagination pour trouver une façon de voir le monde et le marché différemment. C’est grâce à ces mouvements sociaux que les marchés et ses dirigeants voient leurs actions limitées et cela redéfinit ce qu’est la démocratie.

 

Voilà, autre chapitre pour une autre journée. Je vais aller acheter mon souper ;)

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